GECAI
 



Anémie Hémolytique Auto-Immune

La maladie

Qu’est-ce qu’une Anémie Hémolytique Auto-Immune (AHAI) ?

C’est une maladie bénigne du sang qui se traduit par une baisse anormale du nombre de globules rouges (encore appelés hématies) et du taux d’hémoglobine définissant une anémie. L’hémoglobine, constituant essentiel des globules rouges, transporte l’oxygène indispensable à la survie des cellules dans les différents tissus et organes. Chez les patients atteints d’AHAI, les globules rouges (et l’hémoglobine qu’ils contiennent) sont fabriqués normalement dans la moelle osseuse, mais une fois dans la circulation sanguine, ils sont rapidement détruits. La destruction (ou lyse) des globules rouges dans le sang est ce que l’on appelle une hémolyse. Cette hémolyse est due à la présence anormale d’anticorps appelés « auto-anticorps » car dirigés contre les propres globules rouges du patient. Du fait du rôle majeur de ces « auto-anticorps » l’anémie hémolytique est ainsi qualifiée d’«auto-immune ».

Existent-t-ils différents type d’AHAI ?

En effet, selon le type et les caractéristiques des auto-anticorps en cause, on distingue 2 types essentiels d’AHAI : 1) Les AHAI à auto-anticorps « chauds », appelés ainsi car ils sont actifs à une température comprise entre 37 et 40°C. Elles sont de loin les plus fréquentes (environ 70% des cas). 2) Les AHAI à auto-anticorps « froids » actifs à des températures inférieures à 30°C et « idéalement » à 4°C. La « maladie chronique des agglutinines froides » (MAF) est la forme la plus fréquente d’AHAI à auto-anticorps « froids ».

Combien de personnes sont atteintes de cette maladie ? Est-elle présente partout ?

L’incidence (nombre de nouveaux cas par an) de la maladie dans les pays occidentaux est estimée à environ 1 nouveau cas par an pour 100.000 habitants, soit environ 600 nouveaux cas par an en France.

Qui peut en être atteint?

Bien qu’elle soit plus fréquente chez l’adulte (notamment entre 60 et 70 ans), l’AHAI peut survenir à tout âge et notamment chez le petit enfant avant 4 ans. Chez l’adulte, la maladie touche un peu plus souvent les femmes (60% des cas) que les hommes. La maladie des agglutinines froides ne se voit quant à elle presque exclusivement chez des patients âgés de plus de 55 ans.

Quelles sont les causes de la Maladie ?

En dehors de cas rares ou l’AHAI peut être déclenchée par une infection virale ou par la prise d’un médicament, les causes exactes de la maladie ne sont pas connues. Dans environ la moitié des cas, l’AHAI peut s’associer à une autre maladie auto-immune (un Lupus par exemple) ou encore à la prolifération anormale de cellules ganglionnaires appelée lymphome.

Est-elle héréditaire ?

Non, même si il existe une prédisposition génétique à développer certaines maladies auto-immunes, il ne s’agit pas d’une maladie héréditaire transmissible à la descendance.

Est-elle contagieuse ?

Non.

Quelles en sont les manifestations et comment expliquer les symptômes ?

Cette maladie associe deux grands types de symptômes : 1) Des signes liés à l’anémie, à savoir un essoufflement pour des efforts peu importants, une pâleur, une fatigue générale, des palpitations et des maux de tête. 2) Des signes liés à l’hémolyse avec une coloration jaune de la peau et/ou des conjonctives (blanc de l’œil) et des urines qui peuvent parfois être très foncées.

Quelle est son évolution ?

En dehors des rares cas d’AHAI faisant suite à une infection ou à la prise d’un médicament et qui peuvent être rapidement résolutives, les AHAI ont le plus souvent une évolution chronique.

Le diagnostic

Comment fait-on le diagnostic de cette maladie ?

Le diagnostic repose sur les 3 étapes suivantes 1) La mise en évidence de l’anémie 2) La démonstration que l’anémie est due à une hémolyse et 3) Identifier l’auto-anticorps responsable de l’hémolyse. Devant des signes évocateurs, l’anémie est confirmée par un examen sanguin simple appelé « Numération Formule Sanguine » (NFS). L’existence d’une hémolyse est confirmée par d’autres tests sanguins (dosage du taux de LDH de la bilirubine, de l’haptoglobine) et également le dosage de ce que des réticulocytes (formes jeunes de globules rouges dans le sang). Enfin la mise en évidence d’auto-anticorps dirigés contre les propres globules rouges du patient repose sur un test sanguin simple et rapide, appelé test de Coombs direct. Si ce test est positif et qu’il n’existe pas d’autre cause à l’anémie, le diagnostic d’AHAI est confirmé.

Peut-on confondre cette maladie avec d’autres ? Lesquelles ? Comment faire la différence ?

Dés lors que l’anémie est confirmée par une prise de sang, il convient d’écarter rapidement les autres causes plus fréquentes d’anémie (saignement, manque de fer, carence en certaines vitamines, maladie inflammatoire, dysfonctionnement de la thyroide…).

Du fait des signes liés à l’hémolyse tel que « l’ictère » (coloration jaune des yeux et/ou de la peau), un problème hépatique (venant du foie) peut également être parfois évoqué à tort. Enfin, lorsque la destruction des globules rouges se fait de façon brutale et intense, la coloration rouge-brun foncée des urines qui s’en suit, peut être interprétée à tort comme la présence de sang dans les urines.

En quoi consistent les tests diagnostiques ? A quoi vont-ils servir ?

Le diagnostic d’AHAI repose exclusivement sur des tests sanguins relativement simples (cf. précedemment). Une fois le diagnostic d’AHAI confirmé et son type précisé (auto-anticorps « chauds » ou « froids »), un certain nombre d’examens parmi les suivants pourront être demandés par votre médecin spécialiste à la recherche d’une maladie associée à l’AHAI: Scanner du thorax de l’abdomen à la recherche notamment de « ganglions » ; biopsie de la moelle osseuse (prélèvement au niveau du bassin sous anesthésie locale) ; recherche d’autres types d’auto-anticorps (anticorps anti-nucléaires…) et/ou d’infections virales (mononucléose, hépatite C…) sur une prise de sang. L’intérêt de rechercher une maladie associée (retrouvée dans 50% des cas d’AHAI chez l’adulte) est que celle-ci peut influer sur le traitement et la surveillance à long terme.

Peut-on dépister cette maladie avant qu’elle ne se déclare ?

Non, il n’est pas possible de dépister cette maladie avant qu’elle ne se déclare.

Les aspect génétiques

Quels sont les risques de transmission ?

L’AHAI n’est pas une maladie héréditaire, il n’y a donc pas de risque de transmission à la descendance.

Le traitement, la prise en charge, la prévention

Existe-t-il un traitement pour les AHAI ?

Oui, et dans le cas des AHAI à auto-anticorps « chauds » ce traitement est quasiment toujours nécessaire. Celui-ci repose avant tout sur les corticoides (cortisone ou ses dérivés). La dose quotidienne initiale est en moyenne de 1 à 1,5 mg/kg. En cas d’anémie particulièrement marquée, des corticoides à plus forte dose peuvent être administrés intialement par voie intraveineuse. La dose initiale est maintenue pendant 4 à 6 semaines, puis, si la réponse obtenue est jugée satisfaisante, une décroissance lentement progressive des doses est initiée, pour une durée totale de traitement comprise habituellement entre 12 et 18 mois. En moyenne, 80% des patients répondent favorablement à la corticothérapie (traitement par corticoides) dans les premiers jours ou les premières semaines. D’autres traitements (danazol et/ou immunosupresseurs) peuvent se discuter au cas par cas en l’absence de réponse. Des transfusions sanguines peuvent également s’avérer nécessaires initialement afin de passer le cap aigu, en attendant l’efficacité du traitement. Des mesures importantes doivent être associées à la corticothérapie (prévention de l’ostéoporose, prise de potassium, règles hygiéno-diététiques...) afin de minimiser le risque d’effets secondaires liés au traitement. En cas de rechute après une rémission initiale ou de dépendance au traitement, il existe des alternatives thérapeutiques. Parmi celles-ci, on peut proposer une ablation de la rate (appelée splénectomie) qui permet de guérir environ 50%à 60% des patients.  Un traitement par le rituximab peut également être proposé à ce stade.

Dans le cas particulier de la  « maladie des agglutinines froides », l’anémie est le plus souvent modérée, et de simples mesures de protection vis-à-vis du froid (port de gants et de vêtements chauds en période hivernale…) permettent en règle générale d’éviter une anémie trop importante. Si besoin, des transfusions de globules rouges peuvent s’avérer ponctuellement nécessaires, notamment chez les sujets les plus âgés p. A l’inverse des AHAI à auto-anticorps « chauds », les corticoides et l’ablation de la rate sont inefficaces et les traitements immunosuppresseurs réservés aux formes les plus graves. Le rituximab peut également  être discuté dans certains cas.

Dans tous les types d’AHAI, la prise régulière de vitamine « folates » (vitamine B9) est utile pour faciliter la régénération plus rapide des globules rouges par la moelle osseuse.

Quels bénéfices attendre des traitements ?

La corticothérapie est efficace dans au moins 80% des cas d’AHAI à auto-anticorps « chauds ». Elle permet d’enrayer la destruction accrue des globules rouges et de corriger l’anémie en quelques semaines et par la même d’améliorer l’état général du patient en diminuant la sensation de fatigue ainsi que les autres symptômes satellites de l’anémie. L’action du rituximab est également assez rapide avec une efficacité attendue dans les 8 à 10 semaines suivant le traitement. L’efficacité des traitements immunosuppresseurs est en revanche plus lente.

Quels sont les risques des traitements ?

Les corticoides sont efficaces mais leur administration prolongée (12 à 18 mois au moins) expose les patients à de nombreux effets secondaires potentiels. Le traitement doit donc faire l’objet d’une surveillance étroite et ne doit jamais être interrompu brutalement. La surveillance doit être à la fois clinique (poids, pression artérielle…) et biologique (surveillance régulière du taux sanguin de sucre = glycémie notamment…). Les effets secondaires suivant sont les plus fréquents : élévation des chiffres de pression artérielle, possible prise de poids, troubles du sommeil et/ou de l’humeur (« moral »/comportement), ostéoporose (déminéralisation osseuse), élévation de la glycémie avec risque de survenue d’un diabète. La plupart des effets secondaires peuvent être au moins en partie, prévenus ou corrigés (respect des règles hygiéno-diététiques, prise concomitante de vitamine D et calcium, traitement de l’hypertension artérielle…) et sont réversibles à l’arrêt du traitement. Il est à noter également que les corticoides, en diminuant de façon globale les défenses immunitaires de l’organisme, augmentent le risque d’infections. De même si l’on peut vivre tout à fait normalement sans rate, la splénectomie entraîne un risque accru de développer certaines infections. A titre préventif, certaines vaccinations doivent donc être réalisées avant l’intervention et répétés tous les 5 ans et un traitement antibiotique par pénicilline V est habituellement recommandé dans les 2 ans suivants l’intervention.

Quelles sont les conséquences du traitement pour la vie quotidienne ?

Le traitement par corticoides et ses effets secondaires potentiels imposent de respecter un certain nombre de règles hygiéno-diététiques qui peuvent s’avérer contraignantes au quotidien : régime sans sel, régime pauvre en sucres d’absorption rapide… Par ailleurs certains des effets secondaires même de la corticothérapie : modification de l’humeur et/ou du comportement avec parfois tendance à l’irritabilité et/ou à l’insomnie, stimulation de l’appétit rendant plus difficile le régime, rétention hydro-sodée favorisant la prise de poids … peuvent également être mal vécus au quotidien. L’ensemble des inconvénients liés à la prise de corticoides et notamment les troubles psychiques ont tendance à diminuer rapidement lorsque la dose est plus faible et à régresser dans des délais variables  à l’arrêt du traitement.

 

Conseils dietetiques pour une corticothérapie prolongée.

Un soutien psychologique est-il souhaitable ?

Celui-ci n’est général pas nécessaire puisque les bienfaits attendus du traitement sont plus importants que les désagréments potentiels liés à celui-ci. Chez certaines personnes néanmoins, l’anxiété liée à la maladie et/ou les troubles psychiques induits par les corticoides peuvent justifier un soutien psychologique spécifique.

Que peut-on faire soi-même pour se soigner ?

Il n’y a pas grand-chose que le patient lui-même puisse faire pour soigner sa maladie, notamment sur le plan des activités quotidiennes et/ou des habitudes alimentaires. En revanche, il est capital que les patients traités par corticoides respectent les règles hygiéno-diététiques énoncées par leur médecin afin de limiter les effets secondaires et évitent d’interrompre de façon intempestive leur traitement.

Comment se faire suivre ?

Le suivi se fait par le biais de consultations spécialisés. Le médecin spécialiste prescrit le traitement et s’assure par des examens biologiques réguliers et lors des consultations que celui-ci est efficace et bien toléré. Le médecin généraliste participe activement en parallèle à la prise en charge du patient et notamment dans le cadre du dépistage d’éventuels effets secondaires. Le rythme des consultations spécialisées peut varier entre une visite mensuelle au début à une visite tous les 3 à 4 mois ensuite lorsque la maladie est bien contrôlée.

Quelles sont les informations à connaître et à faire connaître en cas d’urgence ?

Le patient doit informer tout autre médecin du traitement en cours pour son AHAI afin d’éviter d’éventuelles interactions médicamenteuses et fournir si possible les dernières analyses biologiques (NFS) en sa possession. Il doit notamment signaler à tout autre médecin le fait qu’il prend un traitement par corticoides et communiquer les coordonnées de son médecin spécialiste afin que le ou les autres médecins en charge de l’urgence puissent obtenir le cas échéant des informations complémentaires sur la maladie et le traitement. En cas d’intervention, il est notamment important que la corticothérapie ne soit pas interrompue brutalement.

Peut-on prévenir cette maladie ?

Non, il n’existe à l’heure actuelle aucun moyen de prévention.

Vivre avec

Quelles sont les conséquences de la maladie sur la vie familiale, professionnelle, sociale, scolaire ou sportive ?

L’anémie ; lorsqu’elle est importante, peut entraîner un état de fatigue incompatible avec la poursuite de l’activité professionnelle, les conséquences liées à la maladie elle-même sont relativement minimes. En ce qui concerne, la pratique ou la reprise d’une activité sportive, celle-ci ne pourra être envisagée que de façon progressive et une fois l’anémie corrigée sous traitement. Les conséquences sur la vie familiale et sociale sont en fait essentiellement liées, pour les patients traités par corticoides, à la nécessité de modifier ses habitudes alimentaires afin de respecter le régime préconisé par le médecin (cf précemment).

Pour les femmes en âge de procréer, en cas de désir de grossesse, vous devez en parler à votre médecin spécialiste. Le fait d’avoir eu une AHAI n’est pas en soi une contre-indication à la grossesse mais il faut vaut éviter de débuter une grossesse si la maladie n’est pas bien contrôlée et la dose de corticoides encore importante.

En savoir plus

Où en est la recherche ?

Si les mécanismes qui conduisent à la destruction accélérée des globules rouges au cours des AHAI sont assez bien connus, les causes même de la maladie le sont beaucoup moins. Les  nombreuses recherches en cours dans d’autres maladies auto-immunes (Lupus,  polyarthrite rhumatoide…) qui peuvent parfois s’associer à une AHAI devraient néanmoins permettre de mieux cerner les mécanismes en jeu dans la survenue de ces maladies et d’affiner les traitements. Les recherches en cours ou à venir dans les AHAI visent essentiellement à évaluer l’efficacité et la place de nouveaux traitements déjà disponibles appelés « biothérapies » (et notamment le rituximab) dans le but de limiter le recours aux corticoides.

Comment entrer en relation avec d’autres malades atteints de la Maladie ?

Il n’existe pas en France d’association de patients spécifiquement dédiée aux AHAI de l’adulte. Pour le versant pédiatrique, il existe en revanche une association appelée « Association Française du Syndrome d’Evans (AFSE) » qui regroupe des familles et parents d’enfant atteints de syndrome d’Evans (association d’une AHAI et d’un purpura thrombopénique immunologique, maladie auto-immune comparable à l’AHAI mais qui entraîne une baisse du taux de plaquettes). Plus largement, cette association a vocation à informer et soutenir les patients et leurs familles et  soutenir la recherche sur les « maladies auto-immunes du sang » dont les AHAI. Outre les parents bénévoles, des médecins et chercheurs pédiatres spécialisés dans la prise en charge de ces maladies participent aux actions de l’association.